L' instant magique du clic
Carine a 24 ans et deux passions: la photographie et les chevaux. La première lui a permis d'approcher la deuxième alors que sa timidité la freinait. Une belle histoire qui mêle clic et déclics.
"Depuis petite, je suis fascinée par la photographie, par ce moment du clic. Ce petit bruit m'a toujours fait vibrer", commence d'emblée Carine Chevret, 24ans. La vidéo, les images qui bougent, très peu pour elle. "Le mystère disparait avec le mouvement. Alors qu'avec les photos, on entre dans un imaginaire, dans un monde de fantasmes. C'est comme un livre, c'est silencieux, on peut complètement interpréter".
Carine, elle, s'est servie de la photographie pour approcher les chevaux, sa deuxième passion. Très timide, la jeune fille ne se sentait pas à sa place dans un club et avait même des difficultés à aborder les équidés. "L'appareil me permettait de me cacher derrière quelque chose. Mais je n'ai jamais osé demander à mes parents de m'en offrir un, alors quand j'avais 8 ans, je prenais des jetables et je partais avec mon vélo prendre en photo les chevaux du village". De très mauvais clichés selon elle.
COUP DE FOUDRE
A 14 ans, ses parents lui offrent un Haflinger, Enzo. Elle va pouvoir monter tranquillement à cheval, sans affronter l'ambiance des centres équestres. Du coup, l'appareil qui lui servait de bouclier perd son utilité et elle prend moins de clichés. "Jusqu'au jour où j'ai eu mon ibérique. J'avais refilé le virus du cheval à mon père et à l'origine, Cingaro était pour lui. Quand j'ai croisé le regard de ce cheval, j'ai eu le coup de foudre. Pourtant, il avait été maltraité en Espagne, et on ne pouvait l'approcher. Même le vendeur ne voulait pas que je le prenne. Mais moi, j'étais attirée, je le voulais. Pourtant, je ne le comprenais pas, j'avais peur de lui, j'étais intriguée. Je doutais, mes parents voulaient que je le revende... Alors j'ai commencé à le prendre en photo, c'était la seule manière pour moi de le saisir ".
La jeune femme va régulièrement dans le pré de Cingaro, elle est là, elle attend, elle prend des clichés, inlassablement. Et un jour, il est venu.
Il s'est ensuite passé encore quelques moments difficiles.
"Quand je partais avec lui en balade en main, c'était catastrophique, il ne m'écoutait pas, parfois il m'échappait et il s'est même retrouvé sur la route, à rentrer tout seul. Il ne pouvait pas croiser des gens, il faisait de tels écarts qu'il partait dans les champs. Un jour, alors qu'il m'avait déjà mise en danger une fois, il a recommencé. Là j'en ai eu marre, c'était la fois de trop, je l'ai pris en licol et nous sommes repartis en balade. C'était il y a deux ans. Je ne sais ce qu'il s'est passé mais il a eu un déclic. Je n'en revenais pas, je ne le reconnaissais pas. Il était à mon écoute, il me faisait confiance".
Depuis ce jour, Cingaro a changé, il s'est libéré. Auparavant introverti, timide, maigre malgré les rations, il est devenu joueur, il a pris des kilos, il s'affirme. Carine le photographie moins maintenant car elle est "moins obsédée par ce qui l'angoissait". "L'appareil est finalement une sorte de médiateur", analyse la jeune femme qui a fait des études de psychologie.
Aujourd'hui, Carine a un bon appareil et a décidé de se mettre à la technique. "Avant j'avais juste la passion du clic mais je ne connaissais rie, je prenais au feeling, maintenant je lis beaucoup. Je sais qu'il faudra aussi que j'apprenne auprès d'un bon photographe".
Ses sujets de prédilections: les chevaux bien sûr mais aussi tout ce qui touche à la nature avec un petit faible pour la macro. "J'aime entrer dans ce petit monde", s'amuse -t-elle. Jamais sans son appareil, elle le dégaine dès que l'occasion se présente, même si elle ne souhaite pas en faire son métier. "J'aurais peur de saturer, de devoir faire des choses qui ne me plaisent pas. Je veus garder la photographie comme passion", conclue-t-elle avant d'avouer: "Je rêverais de faire un livre sur les chevaux. Oui ça, ça me plairait vraiment !".
Mélanie Courtois
